mardi 20 juin 2017

Visite à La Bibliothèque de Babylone

Ballade avec Yôko à La Bibliothèque de Babylone, l’exposition conçue par Pacôme Thiellement autour de livres non pas imaginaires mais à jamais perdus ou juste égarés, détruits, en notes ou en projet.
Pour les faire exister dans notre monde, Pacôme à demander à 19 artistes de concevoir les 19 couvertures de ces livres fantômes.

Les livres de La Bibliothèque de Babylone sont au fond les seuls livres qui ne décevront jamais.





















A partir de samedi 17 juin 2017 à 15h à la Galerie Corinne Bonnet
"La bibliothèque de Babylone - Carte blanche à Pacôme Thiellement"
Exposition jusqu'au 15 juillet 2017

Maîtres des citadelles :
Kelek, Jean-Michel Nicollet

Guides en suspens :
François Angelier, Jeanpierre Dionnet

Artistes invités :
Scott Batty, Arnaud Baumann, Stéphane Blanquet, Didier Captain Cavern, Olivia Clavel, Lucie Dobaria, Sandra Ghosn, Patrice Killoffer, Matt Konture, Philippe Lagautrière, Yann Legendre, Bertrand Mandico, Jean-Christophe Menu, Jean-Philippe Muzo, Pascal Blondeaux, Thomas Perino, Kiki Picasso, Placid, Aline Zalko

 "Quelque part, dans le monde miroir, il y a une bibliothèque qui contient tous les livres qui ne sont pas dans notre monde : livres perdus, livres détruits, livres inachevés, livres projetés mais pas écrits… On y trouve les pièces perdues de Eschyle et de Sophocle, le grand roman de Sade brûlé après sa mort et tous les livres dont Baudelaire a fait la liste dans ses carnets intimes… Mais, parfois, les mondes se rapprochent, une électricité spéciale les traverse, et un ou plusieurs de ces livres ressurgissent dans le nôtre : c’est ce qui s’est passé pour certains ouvrages manichéens ou gnostiques au XIXe et au XXe siècles, et même une malle entière d’inédits de Raymond Roussel en 1989, cinquante-six ans après sa mort ! Alors pourquoi ne pas préparer l’arrivée de dix-huit livres essentiels de Jarry, Mallarmé, Nerval, Rimbaud, Philip K. Dick, etc. ? Pourquoi ne pas les appeler et les faire advenir à travers des présentations détaillées et des couvertures magiques réalisés par des imagiers de génie?


Cette exposition pour la Galerie Corinne Bonnet est à la fois un hommage, une aventure, une prière et un commencement. C’est un hommage aux grandes et splendides couvertures des romans fantastiques de Jean-Michel Nicollet et de Kelek qui ont fait rêver plusieurs générations et qui ont précédé mon amour de la littérature quand je les voyais dans la bibliothèque de mes parents. C’est une aventure avec dix-neuf de mes artistes vivants préférés – de Scott Batty à Aline Zalko – qui ont accepté de réaliser des couvertures extraordinaires pour ces livres manquants, ainsi que deux complices et inspirateurs métaphysiques, François Angelier et Jean-Pierre Dionnet, dont la voix et la vision seront lisibles dans l’exposition. C’est enfin une prière invocatoire aux écrivains immortels qui continuent à hanter notre époque et n’ont pas encore livré leur dernière énigme.
Enfin, c’est un commencement. Parce que ces livres réapparaitront, un à un, dans notre monde, expulsés du monde miroir. Et parce que chacun de ces livres s’associera à la couverture qui l’attend, comme les deux ailes d’un même Ange, son visage tourné vers nous, prêt à fondre d’amour sur nos âmes éblouies."
Pacôme Thiellement (juin 2017)

vendredi 9 juin 2017

Rena Mandel, pin-up vampyr

Vampyr de Dreyer (1931) est l'unique film de Rena Mandel, et le seul fait notable dans sa biographie. Avant d'interpréter Gisèle, elle aurait été modèle. C'est ce que prouverait ce cliché, le seul à ma connaissance hors du film de Dreyer. Il s'agit de minuscules cartes à collectionner pour "la compagnie chilienne de tabac".


D'après IMDB, Rena, née en Pologne en 1901, aurait vécu à New York et serait arrivée en France en 1930. Pour Wikipeda, elle serait morte en mai 1987. Aucune précision n'est donnée sur le lieu de sa mort et l'endroit où elle repose.

lundi 22 mai 2017

Edward Gorey's Dracula

Edward Gorey (1925-2000) est un dessinateur « edwardien » qui serait étrangement né aux USA. Entre Chas Addams et Tim Burton, dont il est une des grandes sources d’inspirations, il met en scène, à la plume et l’encre de Chine, un univers délicat, drolatique et parfois macabre.  La triste fin du petit Enfant Huître de Tim Burton, directement inspiré de The Gashlycrumb Tinies, livre de comptines racontant des morts absurdes d’enfants, ne l’égale jamais. Gorey, qui vénérait Agatha Christie avait un talent fou pour dessiner des intérieurs de cottages cossus, des complets à rayures et des gentlemen moustachus et un peu bedonnants. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à dessiner les décors du revival de Dracula à Broadway en 1977 interprété par Frank Langella. La particularité de cette production « rétro » était d’adapter une nouvelle fois la pièce d’Hamilton Deane qui avait servi au Dracula de Browning mais surtout d’être en noir et blanc. Les décors étaient la reproduction des dessins de Gorey, c’est-à-dire qu’ils en reproduisaient les tracés de plume. Par ailleurs, le vampire était une figure romantique et amoureuse, auquel Langella apportait un charme ravageur (le rôle sera repris par Jeremy Brett et Raul Julia).

Je n’ai vu qu’une fois au cinéma le film de John Badham tourné en 1979 à la suite du succès de Broadway. Dans mon souvenir, il s’agissait d’un opéra gothique somptueux, aux couleurs aussi flamboyantes que dans les films de la Hammer. Pourtant, les visions à la télévision, sur divers supports présentaient des tons assourdis, proche du noir et blanc. Il semblerait donc que, pour les éditions vidéos et DVD, Badham ait refait l’étalonnage du film pour justement retrouver le noir et blanc de la production théâtrale et respecter le projet original d’Edward Gorey.

Frank Langella à Broadway




Raul Julia 



Jeremy Brett 



















mercredi 17 mai 2017

MYSTÈRES À TWIN PEAKS

J'ai écrit ce billet en 2011, lors de la rediffusion sur Arte de Twin Peaks. 
Avant la troisième saison qui commence  le 21 mai je le reproduis tel quel. 




Je ne sais plus qui a tué Laura Palmer.
J’ai vu la série en 1991, lors de sa première diffusion : semaine après semaine, tous les épisodes. Elle s’appelait alors Mystères à Twin Peaks. 
J’ai longtemps gardé quelques VHS mais jamais je n’ai acheté les DVD. Il y avait quelque chose d’un peu triste de rassembler une fois pour toutes, en quelques disques, dans une petite boîte, ce qui avait occupé plusieurs mois de ma vie, à la fin de mon adolescence. L’esprit de Twin Peaks avait parcouru quelques œuvres : Donnie Darko, Black Hole… j’ai retrouvé aussi la frayeur causée par les apparitions de BOB dans la J-horror.
J’attendais que Twin Peaks revienne comme il était apparu : par les ondes. Ces mystérieux courants hertziens grésillants comme le panneau Lynch/Frost final. Je savais que ça allait arriver ce soir mais je n’avais pas encore décidé de le regarder. Mais c’est arrivé. Ça avait même commencé depuis quelques minutes : le proviseur de l’école en larmes annonçait la mort de Laura et Donna sa meilleure amie s’effondrait.
Bien sûr, une foule d’émotions sont revenues mais la plus poignante était de revoir ces visages presque oubliés (qui pense souvent à Hawk le policier indien ?). Le sheriff Truman, Ben Horne, Dale Cooper, Ed Hurley… et les filles : Donna, Norma, Audrey (surtout Audrey), Shelly…  et Laura. Et tout ces visages convoquaient une histoire à venir.
Mais surtout, ces acteurs n’ont pas fait grand chose en dehors de Twin Peaks, même Dale Cooper représente le sommet de la carrière de Kyle McLachlan. Tant mieux, cela les laisse intacts. L’impression, et pas la moins étrange (mais le monde est plein d’étrangeté) est qu’ils n’ont jamais quitté Twin Peaks, qu’ils n’étaient pas des acteurs mais les véritables habitants de cette petite ville.

On imagine très bien, au cours d’un voyage dans le nord des Etats-Unis, traverser en voiture une bourgade, et reconnaître les rues, la station-service, le commissariat. S’arrêter à un diner et les retrouver là : le sheriff Truman, et Norma qui sert le café, et Dale bien sûr qui poursuit son enquête… Ils n’ont, pour ainsi dire, pas vieilli.